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dim. 15 mar 2009

Quatrième lettre de Madagascar...

Alors que la situation vient de basculer (lire ici), voici une quatrième lettre de notre correspondante à Madagascar, qui travaille la-bas dans une ONG (relire ses lettres 1, 2 et 3).

" Voilà près d’un mois que je ne vous ai pas envoyé de nouvelles de la situation à Madagascar. D’une part parce que j’étais occupée (en congés puis en retour de congés) et d’autre part parce qu’il devient vraiment difficile de comprendre ce qu’il se passe sur la grande île. Je vais essayer de résumer. Ceux qui sont plus informés que moi pourront compléter.

Dans les dernières nouvelles que je vous avais donné, le bras de fer était assez équilibré. Chaque protagoniste avait certaines bonnes raisons d’avoir le dessus sur l’autre. L’issue de la crise semblait vraiment difficile à imaginer face à ce statu quo. Des négociations avaient été entamées afin de trouver une sortie de crise calme et constitutionnelle.

Puis le toujours Président Ravalomanana, et l’ancien Maire Andry TGV se sont empressés de déterrer la hache de guerre, le plus vite et le plus fort possible. Guerre de communication, nouvelle fermeture de la radio de l’opposition, rassemblement de l’ensemble de l’opposition derrière Andry, reprise des ministères occupés par les nouveaux ministres de l’opposition par la force, etc. Le bras de fer s’intensifiait, la balance penchant de plus en plus d’un coté, puis de l’autre. La crise empirait, s’enfonçait, lentement mais sûrement.

C’est là que des ultimatums ont commencé à être donnés. D’abord par l’Union Africaine qui devait organiser un sommet à Tanà en juin. Ravalo devait calmer la situation avant la fin de cette semaine, sinon le sommet était annulé. Il a alors employé tous les moyens possibles pour éliminer l’opposition. Interdiction de se rassembler, essais d’arrestation d’Andry, interpellation de tous ceux qui ne semblaient pas être de bons petits citoyens pro-Ravalomanana, emploi des forces de l’ordre partout ! Puis une partie de l’armée (une grosse partie) s’est mutinée.

Ils ont décidé que ce n’était pas leur rôle de déranger leurs concitoyens, et qu’ils n’obéiraient plus aux ordres du plus ou moins Président. Ils ont à leur tour donné 72h pour que la situation redevienne calme, sinon ils mettaient en place un gouvernement militaire de transition.

Ces deux ultimatums sont arrivés à échéance, mais la situation n’est pas du tout redevenue calme. La tension est encore montée. Les pillages ont repris de plus belle. La liste des morts tués par balles perdues (ou non) s’allonge. Tout le monde s’affronte ouvertement dans les rues de Tanà. Il y a deux armées, celle qui suit les ordres du gouvernement encore en place, et celle des mutins.

Les nouvelles des derniers jours, et encore plus celles d’aujourd’hui laissent à penser que Ravalo est en train de perdre le bras de fer. Sa famille est partie se réfugier à l’étranger. La primature a été prise ce matin par l’opposition. Il y a de plus en plus de personnes et d’entités qui demandent sa destitution Des opposants un peu plus sérieux et crédibles qu’Andry rallient le mouvement. Et même la France, qui fait une fois de plus preuve d’ingérence, a soutenu Andry cette semaine.

La crise est entrée dans une phase dangereuse à Tanà. Au moment même ou je vous écris, les deux camps sont en plein meeting a Tana. D’un cote les partisans d’Andry soutenu par tous les politiciens qui le suivent (ou le poussent). D’un autre coté les partisans de Ravalo réunis autour du Palais présidentiel pour le protéger. Un dernier ultimatum de 4h vient d’être lancé par l’opposition pour la démission de Ravalo. Un nouveau bain de sang pour la fin de l’après-midi ? A partir de quand parle-t-on de guerre civile ? Est-il possible qu'une guerre civile éclate dans un pays comme Madagascar ?

L’Allemagne et les Etats-Unis ont commencé à évacuer leurs ressortissants. L’Union Européenne menace de geler ses financements, y compris ceux en cours (c'est-à-dire y compris ceux qui font vivre mon équipe et nos projets).

Mais pour moi, tout va toujours bien. La situation est toujours calme, voire encore plus calme qu’auparavant dans mon sud. Le couvre feu a été levé. Je trouve de nouveau de l’huile, et même du fromage et du beurre. Nous faisons des réunions pour réviser notre plan de sécurité, et s’accorder sur les démarches à suivre si la situation empirait dans notre zone. Je me prépare psychologiquement à l’évacuation, même s’il y a très peu de chances qu’elle ait lieu. Et je me fais enfin une raison à aller chercher mon futur boulot ailleurs que sur la grande île…

Je rentre au pays au plus tard le 9 juillet prochain (fin de contrat au 30 juin puis quelques jours de vacances). Mon billet est réservé.

Merci encore une fois à tous ceux qui m’ont écrit ces derniers temps. Je n’avais jamais reçu autant de mails ! Çà fait plaisir de voir que certains s’intéressent à autre chose que ce qui se passe au bout de leur jardin.

Par VIBERT dans 01 - ECONOMIE & MONDIALISATION | Permalink | Commentaires (9)

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